Les Belles Soeurs Michel Tremblay Dissertation

Critique de Libris québécis (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 76 ans) - 12 mars 2012

Cette pièce de Michel Tremblay me rappelle ma mère, qui avait gagné, comme l’héroïne Germaine Lauzon, autant de timbres primes en participant à un concours organisé par une chaîne de télévision. Intéressant de revivre cet heureux événement par personnes interposées !

Le dramaturge a osé réécrire le mythe de Sisyphe au féminin. En 1968, on lui a reproché son audace, le taxant même de mauviette comme Jean Bédard, professeur, romancier et essayiste. « Même pas capables de se faire reluire la plume sans la permission de pôpa, môman, matante, mononcle, les voisins, toute la rue Fabre, hosanna au plus haut des cordes à linge ! Rien que des hosties de lécheux de timbres. » (Première Jeunesse, Éd. Leméac, 1998, p. 288) Pourtant, il s’avérait nécessaire de redorer le blason de la femme. Depuis que Saint Thomas d’Aquin eut affirmé, à ses risques et périls, qu’elle fût dotée d’une âme comme ses pairs masculins, rien n’est venu glorifier « le deuxième sexe ». Il a fallu attendre Simone de Beauvoir et Michel Tremblay, récusé à l’époque pour avoir méprisé les femmes en les caricaturant.

Le message se véhicule beaucoup mieux aujourd’hui. La femme n’est plus casée dans le rayon ménager, mais l’Église, défenderesse des droits de l’homme, lui refuse encore le sacerdoce. « Quelle vie plate ! », lui fait chanter le librettiste. Vie réduite à la messe d’un quotidien qui lui interdit au Québec jusqu’en 1960 de détenir un compte bancaire, d’enseigner si elle est mariée et d’autoriser une intervention chirurgicale pour sauver son enfant même si sa vie en dépend. La pièce a perdu de son acuité chez nous, mais sa représentation se justifie encore pour s’attaquer, comme dans Le Cheval de Troie, au dernier rempart de la résistance de l’homme au partage de son pouvoir, endossé par les religions.

Le succès de cette œuvre a poussé René-Richard Cyr à la transposer en comédie musicale avec la complicité du compositeur Daniel Bélanger. Le spectacle est captivant. La mise en scène présente, par des jeux de lumières ingénieux, des tableaux figés comme celui de la dernière cène qui orne les autels. Germaine Lauzon s’y retrouve entourée de ses apôtresses, prêtes à la renier et à la trahir sous l’effet de la jalousie. C’est un vrai délice de voir s’entredévorer ces « licheuses » de timbres (les humecter avec sa langue) venues prêter langue forte pour les coller dans des livrets. Le metteur en scène a réussi cet exploit en créant une synergie entre les comédiens, dont les interrelations ne sont pas destinées directement au public. Ça crée un mouvement langagier et physique, qui rapproche le théâtre du cinéma.


Les Belles-Soeurs (1965)

Le joual est vite devenu la manière de parler caractéristique des Québécois. Partout dans le monde on reconnaît notre accent. Toutefois, dans les années 1960, tout un débat se faisait sur la place publique, dans les différents médias, quant à l'emploi courrant et l'utilisation du joual. Il était en fait plutôt mal vu de s'exprimer de cette façon pour plusieurs. C'est pourquoi les intellectuels et les artistes critiquaient l'utilisation de cette langue qu'ils considéraient comme diminuée et inélégante. Vers la fin des années 1960 et principalement pendant les années 1970, une génération entière se soulève pour mettre en scène cette manière de s'exprimer et de parler qu'utilise la majorité des Québécois. Une certaine élite intellectuelle se sent alors insultée et a honte de ces productions qui obtiennent pourtant un succès autant au Québec qu'en France. L'émission Tout le monde en parlait a produit un documentaire, Les artistes et l'affirmation du joual, très intéressant qui porte justement sur l'essor de l'utilisation du joual dans les productions culturelles québécoises et du rôle qu'a joué Les Belles-soeurs de Tremblay dans ce mouvement.

Dans le cadre du cours, nous allons bien sûr abordé cette question de la querelle du joual et du rôle qu'y a tenu Les Belles-soeurs. Puis, nous allons abordé le milieu social et cette classe que dépeint Tremblay, la place de la femme dans la société et dans la famille, ainsi que l'inspiration des tragédies grecques qu'on retrouve entre autres dans les choeurs de la pièce.

Exercices et documents

Voici quelques exercices et documents importants concernant le cours sur Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay.

Préparer des arguments pour ou contre l'utilisation du joual, quelques idées, critiques ou commentaires sur la langue dans Les Belles-Soeurs puisque nous allons avoir une petite discussion sur le sujet à la suite de votre visionnement du documentaire de Tout le monde en parlait.

Analyse en équipe de différentes scènes de la pièce sur le rôle des femmes.


Crédits pour les images

Les Belles-sœurs (Montréal, Holt, Rinehart et Winston, [c1968]); couverture et page de titre Source: Les belles-soeurs Tremblay, Michel -- Montréal : Holt, Rinehart et Winston, [c1968] -- 71 p. -- Couverture et page de titre © Michel Tremblay. Reproduction autorisée par l'Agence Goodwin. nlc-6397 Bibliothèque et archives Canada
Distribution des Belles-sœurs (sans date) Source: Bibliothèque nationale du Canada/Fonds Michel-Tremblay/LMS-0133/Acquisition 1987-01, boîte 2, dossier 8 © Compagnie des Deux chaises. Reproduction autorisée par l' Agence Goodwin. nlc-6131 Bibliothèques et archives Canada
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